Boussole 4ème trimestre 2025
Dette publique élevée et conséquences pour les investisseurs

Dette publique élevée et conséquences pour les investisseurs
La dette mondiale a explosé ces dernières décennies et représente aujourd'hui plus de 230% du PIB global. Les dettes publiques, en particulier, sont au cœur des préoccupations, car elles influent directement sur la marge de manœuvre financière et politique des États. En outre, un endettement public élevé comporte des risques pour la croissance, les taux d'intérêt et l'inflation. Les principaux moteurs de cette augmentation ont été ls crise financière et la crise de l'euro, ainsi que les vastes mesures de relance engagées durant la pandémie. Une dette excessive accroît le coût des intérêts et la vulnérabilité des économies et peut déstabiliser le système financier mondial. Diverses possibilités existent pour réduire la dette. La combinaison dominance budgétaire et répression financière apparaît de plus en plus comme un scénario réaliste. Cela stabilise certes le refinancement, mais comporte aussi de possibles risques tels qu'une baisse de la confiance dans la politique monétaire, une hausse de l'inflation et une plus grande fragilité des marchés financiers. Les placements à revenu fixe perdent alors de leur attrait pour les investisseurs, tandis que les valeurs réelles comme l'or et l'immobilier gagnent en importance. Les actions de qualité de sociétés disposant d'une rentabilité solide et d'un pouvoir de fixation des prix apportent un complément idéal à un portefeuille. Le facteur décisif réside dans une diversification solide associant de manière judicieuse placements à revenu fixe, valeurs réelles et actions.
Allocation : neutre pour les actions, surpondé- ration accrue de l'immobilier
La situation économique reste contrastée avec, d'un côté, des fondamentaux robustes et, de l'autre, un sentiment en légère baisse. La croissance modérée de l'économie américaine et la solidité de l'emploi n'annoncent aucune récession à court terme. La persistance de fortes incertitudes politiques dues aux conflits commerciaux et aux tensions géopolitiques peut accroître la volatilité des marchés, qui anticipent un assouplissement monétaire. Deux nouvelles baisses de taux aux États-Unis sont considérées comme probables, à condition que le marché du travail et l’inflation continuent de s’affaiblir.
Dans ce contexte, nous avons relevé la part des actions de faiblement sous-pondéré à neutre tout en conservant une allocation sectorielle défensive. La performance solide des biens de consommation de base nous a incités à prendre des bénéfices. En parallèle, nous avons accru notre exposition à la santé après une phase de faiblesse. L'évolution des bénéfices, qui repose sur une large assise, les impulsions budgétaires et les déréglementations en cours aux États-Unis justifient ce relèvement prudent.
En contrepartie, nous avons quelque peu réduit nos placements en obligations et ceux à court terme. La surpondération de l'immobilier suisse a été accentuée, car cette classe d'actifs apporte de la stabilité et devrait profiter des baisses de taux. Nous maintenons la forte surpondération de l'or, un élément clé pour la couverture stratégique de nos portefeuilles.
Notre stratégie de placement reste fondamentalement inchangée. Nous gérons activement les risques, saisissons les opportunités de manière sélective et misons sur la qualité pour toutes les classes d'actifs. Notre orientation défensive est fondée sur la prudence et non le pessimisme.

Aperçu de la dette mondiale
Les dettes font partie intégrante des économies modernes. L'emprunt permet d'investir, de surmonter les crises et de financer la croissance. Selon le FMI, l'endettement mondial total s'élevait à près d'USD 250 000 milliards en 2023, soit 237 % du PIB global, dont 94 % (USD 98 000 mrd) concernent la dette publique et 143 % (plus d'USD 150 000 mrd) la dette privée. Celle-ci englobe les crédits bruts aux ménages et aux entreprises non financières.
Bien que la dette privée soit plus élevée en chiffres absolus, c'est la dette publique qui monopolise l'opinion publique. Cela s'explique notamment par le fait que la dette privée est en général couverte par des actifs, ce qui est rarement le cas pour la dette publique. En outre, l'endettement de l'État influe directement sur la marge de manœuvre financière et politique des gouvernements et retient donc davantage l'attention. Une dette publique élevée restreint la flexibilité budgétaire et peut influer sur certains paramètres macroéconomiques tels que les taux d'intérêt, l'inflation et la croissance.

Hausse du poids de la dette mondiale
Au cours des dernières décennies, la dette publique mondiale a fortement augmenté sous l'effet de la crise financière de 2008, de la crise de l'euro et des vastes programmes de relance budgétaire mis en place durant la pandémie de coronavirus. Alors qu'elle représentait encore 60 % du PIB global en 2007, la dette totale se montait à près de 93 % en 2024. À noter que ce ne sont plus seulement les économies développées qui souffrent d'un endettement élevé, mais aussi de nombreux pays émergents ou en développement.
Un endettement public modéré est judicieux sur le plan économique et peut soutenir la croissance à long terme. Un endettement excessif, par contre, a des conséquences clairement négatives :
Résilience aux crises limitée : les États déjà fortement endettés sont moins à même de s'en sortir en période de récession ou de crise géopolitique.
Hausse des charges d'intérêts : l'augmentation des paiements d'intérêts réduit la marge de manœuvre budgétaire et accroît le risque d'une spirale de l'endettement.
Effet d'éviction des investissements privés : des emprunts publics élevés peuvent immobiliser des capitaux privés et ralentir la croissance de l'économie et de la productivité.
Risque d'instabilité : des États surendettés risquent de perdre la confiance des marchés, ce qui peut entraîner des crises monétaires, une fuite de capitaux, voire des défauts de paiement aux conséquences mondiales.
Charges intergénérationnelles : un endettement excessif aujourd'hui signifie une charge fiscale plus élevée ou des réductions de prestations pour les générations futures.
Quand la dette est-elle excessive ?
Bien qu'il n'existe pas de limite universelle, une dette est souvent considérée comme excessive lorsqu'elle dépasse 60 % du PIB, tel que défini dans le Traité de Maastricht de l'UE. L'expérience montre qu'à partir d'un endettement d'environ 100 % du PIB, les risques augmentent sensiblement, surtout en période de taux élevés et de ralentissement de la croissance. En effet, tant les intérêts que les taux de croissance influent sur la soutenabilité de la dette d'un État, c'est-à-dire sur sa capacité à honorer de manière fiable ses obligations en matière d'intérêts et de remboursement à long terme.
Pourquoi une réduction est-elle nécessaire ?
Au cours des dernières décennies, il est apparu que des niveaux d'endettement durablement élevés augmentaient la vulnérabilité des économies et pouvaient entraîner des instabilités dans le système financier mondial. Afin de garantir une capacité d'action à long terme, il est donc indispensable de réduire le poids excessif de la dette. C'est le seul moyen de préserver une marge de manœuvre budgétaire suffisante pour affronter les futures crises, stabiliser la confiance des marchés et pérenniser la croissance de l'économie.
Pistes pour sortir du piège de la dette
Diverses possibilités existent pour réduire la dette publique, comme la consolidation budgétaire, la restructuration de la dette, la croissance économique et la combinaison dominance budgétaire et répression financière.
Consolidation budgétaire
La consolidation budgétaire prévoit une diminution des dépenses et/ou une augmentation des impôts afin de dégager des excédents et de réduire le poids de la dette. Cette stratégie peut se révéler efficace pour de petites économies, comme le Portugal et la Grèce qui, pendant la crise de l'euro, ont dû assainir leurs finances publiques sous la pression des bailleurs de fonds externes. Dans les grandes démocraties, la mise en place d'une politique d'austérité stricte est difficilement réalisable sur le plan politique. Les coupes dans les dépenses et les hausses d'impôts sont impopulaires et réduisent fortement les chances de réélection.
Restructuration de la dette
Dans le cadre d'une restructuration de la dette, les engagements sont renégociés ou en partie annulés. Cette solution est utilisée notamment par les pays émergents ou en développement, comme l'Argentine qui, depuis les années 1980, a dû rééchelonner sa dette à plusieurs reprises. Cette option est toutefois peu réaliste pour les économies fortement intégrées et d'importance systémique tels que les États-Unis ou la zone euro, car elle menacerait la stabilité des marchés financiers mondiaux.

Croissance économique
L'expansion de l'économie peut également réduire le poids relatif de la dette. Si le taux de croissance du PIB nominal est supérieur aux coûts de financement, le ratio d'endettement diminue par rapport à la performance économique, comme le montre la période de l'après-guerre. Après avoir atteint des niveaux records aux États-Unis et dans de nombreux pays d'Europe occidentale, la dette publique a chuté dans les années 1950 et 1960 grâce à la forte croissance et au bas niveau des taux d'intérêt, sans que de vastes programmes d'austérité n'aient été nécessaires.
Combinaison dominance budgétaire et répression financière
Au vu des développements actuels aux États-Unis, la combinaison dominance budgétaire et répression financière en tant qu'instrument de réduction de la dette s'impose de plus en plus. Par dominance budgétaire, on entend que les besoins de la politique budgétaire passent avant la politique monétaire. La banque centrale soutient le financement de l'État en achetant en masse des emprunts d'État ou en maintenant les taux d'intérêt à un bas niveau via la fixation de plafonds et le contrôle de la courbe des taux. Un parfait exemple de cette approche est le Japon, où les politiques monétaire et budgétaire sont étroitement coordonnées depuis le début des années 1990. La répression financière est un outil complémentaire. En vertu de lois ou de réglementations, les banques, caisses de pension et assureurs sont tenus d'investir une grande partie de leurs avoirs dans des emprunts d'État.
Pour les États-Unis, la combinaison dominance budgétaire et répression financière semble être l'une des rares options pour stabiliser la dette publique à long terme. Cette solution réduit les coûts de refinancement, mais comporte aussi de gros risques, par exemple une baisse de confiance dans la politique monétaire, une hausse de l'inflation et une plus grande vulnérabilité des marchés financiers. Pour une économie d'importance mondiale comme les États-Unis, une telle approche est particulièrement délicate dans la mesure où elle exerce une influence directe non seulement sur la stabilité financière du pays, mais aussi sur les marchés mondiaux des capitaux.
Investir à l'ère d'un endettement public élevé
Les niveaux de dettes élevés au niveau mondial et l'option réaliste d'une combinaison dominance budgétaire et répression financière en résultant sont lourds de conséquences pour les investisseurs. Sur fond d'inflation accrue et de taux artificiellement bas, les placements à revenu fixe perdent beaucoup de leur attrait. Il peut arriver que les rendements des liquidités et des obligations soient moins élevés que l'inflation, d'où le risque d'une perte réelle du pouvoir d'achat.

Les valeurs réelles, grandes bénéficiaires
Les valeurs réelles sont une alternative de choix. En période d'incertitudes monétaires et budgétaires, l'or a fait ses preuves en tant que réserve de valeur fiable. Le métal jaune préserve le pouvoir d'achat, même dans un contexte d'inflation, car son offre est limitée. Son évolution n'est pas influencée par les interventions monétaires et budgétaires ni par la solvabilité des différents États. Ces propriétés font de l'or un placement attrayant dans un environnement empreint d'incertitudes.
L'immobilier fait aussi partie des valeurs réelles. L'immobilier résidentiel suisse notamment a généré des rendements réguliers dans le passé grâce à une demande stable, à une offre limitée et à des droits de propriété solides. De plus, il n'expose pas les investisseurs suisses à un risque de change. Les prescriptions étatiques telles que le contrôle des loyers ou le durcissement des exigences en fonds propres peuvent toutefois assombrir les perspectives de revenus.

Les actions de qualité en ligne de mire
Les actions sont également des valeurs réelles. La sélection minutieuse des titres joue ici un rôle crucial. Les entreprises qui se distinguent par des avantages concurrentiels décisifs, un pouvoir de fixation des prix, des marges élevées et une capacité de revenu stable peuvent assurer elles-mêmes leur rentabilité sur fond d'inflation. Ces entreprises de qualité se caractérisent aussi par une capacité de résistance aux fluctuations conjoncturelles supérieure à la moyenne.
L'importance de la monnaie
Pour les investisseurs suisses, la question monétaire revêt une importance particulière. Un franc fort réduit les rendements des obligations étrangères, les intérêts étant versés en devises étrangères. Nous recommandons donc de détenir des obligations dans la monnaie nationale de l'investisseur. Le risque de change est moindre pour les actions, car les chiffres d'affaires de nombreuses entreprises sont géographiquement diversifiés et les effets des taux de change souvent couverts en interne.
Les conséquences stratégiques
Même les plus grandes économies mondiales, comme les États-Unis, ne peuvent pas creuser leur dette indéfiniment sans menacer la stabilité économique. Les investisseurs doivent donc adopter une stratégie de placement active et prospective. Dans ce contexte, une diversification solide associant placements à revenu fixe, actifs réels (or et immobilier) et actions de qualité triées sur le volet offre des conditions idéales pour garantir durablement le pouvoir d'achat.
Auteurs :
Tobias Wagner
Timo R. A. Mayr, CFA
Avertissement juridique
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